
Transition alimentaire
NOVEMBRE 2018
Comment réussir sa transition alimentaire ?
Bien manger, faire attention, aujourd’hui ces injonctions coulent de source pour la plupart des consommateurs qui, non contents de surveiller de près leur régime alimentaire, n’hésitent pas à faire entendre leur voix ou à manifester leur mécontentement quant à la qualité des produits qu’ils achètent. Conscients des enjeux sanitaires et écologiques qui se jouent dans l’assiette, de plus en plus nombreux sont ceux qui appellent à ce que tous les maillons de la chaîne alimentaire opèrent une transition rapide et efficace. Voyons quelques pistes pour mettre tout cela en œuvre.
Petite histoire de la transition alimentaire. La transition alimentaire est un phénomène inévitable et continu qui, selon les périodes, peut se produire sans que l’on prenne la peine de s’en rendre compte. Intrinsèquement liée à l’évolution de nos sociétés et au progrès de l’agriculture, elle se traduit par un changement dans nos habitudes de consommation. Essayez donc de comparer deux assiettes à plusieurs décennies d’écart et vous réaliserez que – oh, surprise ! – nous ne mangeons pas la même chose d’une époque à l’autre. Au XXe siècle, une assiette était en majorité constituée de céréales, de légumes et de tubercules. Moins d’un siècle plus tard, cette même assiette, boostée à la mondialisation, l’essor de la grande distribution et l’omniprésence de la publicité, est souvent riche en protéines animales (viandes), graisses saturées et en sucres au détriment des fibres et nutriments.
Est-ce si grave ? Sans vouloir faire culpabiliser les plus grands carnivores, cette évolution n’est pas conséquence. Car pour continuer à faire en sorte que chacun ait son steak, l’agriculture est bien obligée de faire des choix. On estime ainsi que la production alimentaire est la première source de déforestation et de perte de biodiversité. A cela s’ajoutent la croissance inquiétante de l’obésité dans le monde (en Chine, par exemple, le pays compterait 200 millions d’individus en surcharge pondérale et 90 millions d’obèses) et la précarité de nos agriculteurs. Bref, le tableau est plutôt sinistre pour la planète et ses habitants. Et rien ne dit que les choses iront en s’arrangeant.
Petites pratiques pour opérer sa transition alimentaire La transition alimentaire ne consiste pas à adopter des habitudes de consommations complexes ou farfelues, mais à (re)trouver une consommation et une alimentation durable en se tournant vers des régimes et modèles agricoles à la fois respectueux et soucieux de l’environnement, économiquement équitables et accessibles mais aussi sûrs et sains. Pas d’efforts insurmontables, donc.
Une fois n’est pas coutume, tous les acteurs de la chaine ont un rôle précis à jouer. Tout d’abord, les cultivateurs et les éleveurs en abordant une transition vers l’agro-écologie – pratique qui consiste à produire en se basant essentiellement sur les fonctionnalités offertes par la Nature et ses écosystèmes et qui tendent à consolider le cercle vertueux dessinée par les nouvelles pratiques agricoles.
En tant que consommateurs, deux bonnes pratiques consistent, par exemple, à se tourner vers les protéines végétales au détriment des protéines animales et surtout à continuer d’aiguiser notre esprit critique devant les produits qui nous sont proposés. Continuez à faire entendre votre voix, à donner votre avis face à certaines politiques qui vous paraissent absurdes, à proposer vos idées car le futur de l’alimentation se construit d’abord grâce à votre collaboration. L’idée n’étant pas de mener une chasse aux sorcières dès qu’un aliment semble avoir été produit au détriment de notre terre ou mauvais pour la santé mais bien de prendre conscience que certains points de notre alimentation sont à revoir. Il n’appartient qu’à nous de contester le status-quo de certains rayons de nos supermarchés ou bien de continuer à lancer des appels aux pouvoirs publics pour apporter des solutions rapides et durables à ces questions. Quand bien même, la responsabilité incombe au gouvernement de mettre en place et d’institutionnaliser des modèles pour demain, il revient aux consommateurs de formuler des demandes claires sur des questions aussi générales (le glyphosate) que spécifiques (la revalorisation des cantines scolaires).
Les grands groupes, les marques, l’ont compris et mettent progressivement en place des solutions afin corriger leur trajectoire. Quatre ans, c’est le temps que s’est donné Carrefour pour changer en profondeur et donner une réponse concrète aux nouvelles exigences des consommateurs. Dans le prolongement de son défi « Act For Food », le géant français compte, d’ici à 2022, consolider son offre « frais » (contrat « Bio développement » en partenariat avec la WWF ; accompagnement nutritionnel de ses clients), démocratiser le bio en dehors des zones urbaines et renforcer ses engagements en faveur des producteurs. On peut citer, aussi, Danone qui, le 21 septembre, s’est engagé à reversé son CA du jour à un fonds destiné à aider les agriculteurs français à passer à une agriculture plus durable. PME et start-ups ne sont pas en restent avec des idées originales comme « My Bee Wrap » qui propose un emballage réutilisable en cire d’abeille. Adeptes du DIY, il semblerait qu’on puisse même le faire soi-même.
Quant aux collectivités, celles-ci se réapproprient progressivement la question alimentaire et font de la nature et de l’agriculture de véritables atouts pour contribuer à relever les défis qui se posent à l’échelle nationale et internationale. L’alliance des territoires apparaît dès lors comme une étape clé de la transition vers un modèle alimentaire et agricole plus durable
On le comprend, il revient à chacun de faire de sa part, individuelle, politique et citoyenne, pour voir émerger une autre forme de développement qui bénéficierait à tous. Mais pour être réussie et efficace, cette transition doit passer par une nouvelle forme d’éducation alimentaire (de nouveaux produits, de nouvelles saveurs et pratiques) ; une étape nécessaire, une forme de réajustement au regard de notre planète, de son environnement et des êtres qui la peuplent. Vous reprendrez bien un peu de lait végétal ?
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