
Cuisine et dépendance
AOUT 2018
Comment en finir avec son addiction au sucre ?
S’il existe des légendes sur notre alimentation, il en est une sur le sucre qui semble aujourd’hui bien admise : l’excès de glucose dans le sang se chiffre à plus de 3 millions de décès par an dans le monde. Et oui, les sucres, ces petits glucides, indispensables au bon fonctionnement de notre corps peuvent, lorsqu’ils sont pris en trop grande quantité et trop longtemps, venir enrayer la machine.
Mais comment se préserver d’une substance addictive que l’industrie agro-alimentaire s’amuse à mettre absolument partout ?
Le sucre : un péché mignon en héritage.
Il n’a pas fallu qu’un pharmacien mette le Coca-Cola sur le marché (pour rappel, une canette de 33cl fournit 35 gr de glucides soit 12 morceaux de sucres) pour que l’humanité devienne accro au sucre. Cette dépendance, longue de plus de 200 000 ans, nait à une époque où l’homo sapiens, par peur de manquer, aurait pris l’habitude de se jeter sur les arbres fruitiers. A la différence de notre ancêtre sapiens, nomade et chasseur cueilleur, l’individu du XXe siècle se définit par une forte sédentarisation et par une consommation de sucre plus élevée fréquente. Autrement dit, si nous avons hérité du goût du sucre, la consommation que nous en faisons ne correspond pas à notre mode de vie. Mais si l’on ne peut se passer de sucre, on peut en revanche freiner son absorption. En 2017, l’Organisation mondiale de la santé, qui préconise de limiter sa consommation entre 5 et 10% des besoins caloriques journaliers, estimait que les Français se situaient dans une fourchette comprise entre 15 à 20% (soit environ 100 grammes de sucres rapides par jour). Bref, la marge de progression est longue.
Les nouveaux outils pour adapter son alimentation. Le consommateur vit dans un monde de d’injonctions : « Manger-Bouger », « cinq fruits et légumes par jour », « éviter de manger entre les repas », voilà autant de formules éculées et de comportements à adopter pour rester en bonne santé. Mais que faire de ces conseils quand on ne parvient pas à les mettre en pratique ? Que nos finances ne nous laissent qu’un maigre choix de produits ? Ou qu’on ignore de quoi est constituée notre assiette ?
Pour retrouver le contrôle sur notre alimentation, l’application pour smartphone ScanUp permet, en scannant le code-barre d’un produit, de connaître son profil nutritionnel. Dans un souci d’information et de transparence, le consommateur est maintenant à même de connaître son produit tel qu’il est. D’autres applications comme Yuka, avec son programme en dix semaines, ou plus ciblé comme MyFitnessPal permettent de faire apparaître les failles dans certains produits et d’aborder en douceur une alimentation plus saine et moins sucrée.
Du côté des marques, le message commence à passer. De plus en plus nombreuses sont celles qui font apparaître le Nutriscore sur l’emballage de leurs produits. Et si elles ne le font pas encore, elles se hâtent de développer en interne des solutions pour éradiquer ce trop plein de sucre. En moins d’un an, Nestlé a ainsi réussi à mettre au point une technologie permettant de réduire le taux de sucre de prêt de 40% avec un dérivé de ses Milky Bar. D’autres initiatives, plus technologiques, comme DouxMatok travaillent sur des solutions destinées à réduire drastiquement le sucre dans les produits de grande consommation tout en essayant de garantir au mieux la Sugar Experience.
Le consommateur, garant et responsable de ses nouveaux standards. Car derrière cet enjeu lié à la santé, un autre agite bien les esprits. Si l’on consomme moins de sucre, quid du goût de nos gâteaux, yaourts, desserts et pâtisseries ? Sur ce point, le champ est laissé libre au consommateur pour couper progressivement le cordon avec sa sugar addiction. Plus facile à dire qu’à faire ? Pas vraiment.
Sur Marmiton.org, nombreux sont les utilisateurs à partager des recettes gourmandes allégées en sucre ou à modifier des fiches existantes en préconisant d’y réduire son dosage. En outre, une initiative comme le « No Sugar Challenge », un défi sur trois semaines, consiste à le bannir complètement et à rendre compte de son expérience sur les réseaux sociaux. Verdict ? Il semble que déshabituer temporairement son organisme de sucre est une tâche moins hardue qu’on ne le pense. Cela permet en outre de préserver son corps et de faire de nouvelles expériences gustatives. En France de plus en plus de consommateurs adopent le régime low carb ou cétogène. Le sucre, la chasse est ouverte ! On le voit, le consommateur a plus de choix qu’il le pense et peut à terme devenir son propre prescripteur en définissant un mode de consommation qui lui ressemble. C’est qui le patron, fer de lance en France de la co-construction, permet aux consommateurs d’élaborer des produits à l’image de leurs attentes. On ne peut que souhaiter que l’avenir soit fait de plus d’associations de ce type. Que l’on aime ou non le sucre, on ne peut faire sans, mais on peut faire avec moins. Chaque acteur — industries, marques, consommateur — est responsable du changement et nécessite de conjuguer avec les autres, d’être (ré)éduqué. Pensez-y la prochaine fois, vous seriez étonnés de découvrir quel goût a votre café ou votre yaourt nature sans ajouter cette couche de sucre qui vous tient tant à cœur.
Sandrine Doppler
Tribune libre de Sandrine Doppler — Consultante marketing et communication Food, spécialisée en alimentation de proximité, circuits-courts, Bio, blockchain, traçabilité alimentaire. @sandridop www.sandrinedoppler.com
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